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Cascadeur

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En ce jour de 2008, le jury du tremplinCQFD/Les Inrocks tergiverse depuis des heures pour désigner son lauréat de l'année. De nombreux tours de tables après, le président du jury, Jean-Charles de Castelbajac, pose la question idéale : “et si vous votiez, sans écouter la raison, pour celui ou celle qui vous tient le plus à cœur ?”. Cascadeur fit alors l'unanimité. Le Messin, quand on l'appelle, croit d'abord à une blague cruelle d'un copain : sans réseau, sans piston, sans présence dans la Capitale, il n'imagine pas une seconde intéresser qui que ce soit. “Je m'étais un peu exclu du monde. Je sortais des normes.” Pourtant riche de trois albums autoproduits et de multiples collaborations avec des groupes locaux, il se sent ainsi condamné à une double vie, où la musique serait pour toujours une soupape. Mais tout s'enchaîne alors, chamboulant sa bulle : il signe sur le label Casablanca, filiale d'Universal, devient père, trouve une manageuse, un tourneur, décroche un petit tube avec son hymne noir Walker, puis commence à composer pour la télévision ou le cinéma, du Combat Ordinaire de Laurent Tuel à Lupin sur Netflix.   Dix années se sont écoulées depuis le premier album The Human Octopus. Dix ans, ça autorise les bilans. Celui de Cascadeur s'énonce rapidement. “Oh là là, incroyable !” Puis il développe. “Ce fut très beau, j'ai beaucoup appris sur les autres, sur moi… J'ai l'impression d'avoir signé à Liverpool, moi qui me contentais de taper le ballon contre la porte du garage. Même si ça a parfois été dur d'être arraché à mes enfants. C'était compliqué, de de me démasquer en rentrant à la maison, après une tournée.”   Isolé dans sa bulle, masqué avant que la population entière le devienne, Cascadeur avait largement anticipé la crise sanitaire. Il la démarre sans label, sans manager, mais se remet forcené au travail, avec le besoin de revenir un jour “les mains pleines”. Et ça marche : il restructure son environnement avec une nouvelle équipe motivée. “C'est une renaissance. Une raison de plus d'appeler l'album Revenant. Le come-back d'un mort-vivant ! Ce thème du revenant est présent depuis toujours dans ma musique. Après tout, le second album s'appelait Ghost Surfer, dès 2014… La figure de fantôme remonte à l'enfance, à des choses assez sombres, très personnelles.” Pour évoquer des sujets aussi intimes, Cascadeur a brisé une règle autrefois stricte : il chante désormais parfois en français, comme il l'avait amorcé en 2014 lors d'un duo avec Christophe, Collector. Une façon de ne plus se cacher, d'avancer nu. “Avant ce projet Cascadeur, j'avais chanté en français. Ce thème du revenant, c'est aussi ça : le retour de ma langue maternelle. Il m'a fallu dix ans pour l'assumer. Chanter en anglais, c'était une façon de masquer des choses à mes proches, notamment sur mon enfance.” Après la déception du troisième album Caméra(2018), négligé par un label en pleine mutation, Cascadeur aurait pu douter, se morfondre. C'est tout l'inverse. “Déjà, j'ignore l'angoisse de la page blanche, car j'ai toujours mille projets en cours. Mon angoisse, c'est plutôt la page noire ! J'aime tellement composer, c'est comme un jouet. Je remplis des cahiers de musique, à ma façon, en un langage crypté.” Ce langage, farouchement personnel et singulier, garde pourtant les fenêtres ouvertes sur le monde qui, dehors, avance. Cascadeur cite ainsi les noms marquants pour lui de Bon Iver, Sígur Ros, James Blake, Talk talk, Tim Buckley, les  BO's de Tarantino ou des frères Coen, ou Antony quitte à parfois, comme sur Joker,convoquer Elton John ou Paul McCartney parmi son fatras d'influences. “J'ai l'impression de capter des esprits, qui me remplissent. Ça peut même déborder. Les disques de Nick Cave ou Lana Del Rey sont tellement hantés qu'ils semblent porter la voix d'autres…” Sur Revenant, une chanson centrale et ambitieuse, s'appelle justement Young. Elle évoque avec nostalgie la jeunesse. Elle pose la question : "What have we become?” C'est un thème fondamental dans l'œuvre et la psyché du Messin, qui avoue rester en contact permanent avec l'enfant qu'il fut. “J'ai commencé la musique très jeune. Elle a été dès le début mon refuge. Le masque m'a ensuite permis d'oser. Notamment de pouvoir évoquer l'indicible, de faire parler des absents. D'être un porte-voix. Et simultanément, je voulais, et ça ne m'a jamais quitté, m'amuser. Même si ma musique semble mélancolique.” Mélancolique, laconique, nostalgique… Les adjectifs pourraient réduire cette musique autrement plus complexe que ça à quelques tics, à un savoir-faire. Elle reste heureusement, sur Revenant, beaucoup plus libre que cette caricature, passant du maximalisme au minimalisme sans sas de décompression. Elle révèle, et c'est la beauté d'une vie en chansons, une musicalité inouïe, sans esbroufe, sans surenchère.  “La musicalité, c'est apparaître et disparaître, venir hanter une chorale puis se retirer. Je sculpte de la présence et de l'absence” dit Cascadeur en évoquant notamment les collaborations, que ce soit pour l'image ou avec d'autres artistes. Ces visites des autres sont pour lui une façon de quitter sa bulle, de sortir de sa tête. Une tête tellement précieuse et fragile qu'il continue de la protéger d'un casque. “J'aime l'ombre, le retrait. Comment exister sans se faire voir ? Je suis si bien dans mon studio, avec mes jouets. Je n'ai pas pris le métro pendant toute une campagne d'affichage à ma gloire !”

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